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« Les Pyrénées conservent un pouvoir d’attraction exceptionnel »

Le 21 mars à 18h, au Château de Lourdes, Steve Hagimont, agrégé et docteur en histoire contemporaine, spécialiste du tourisme pyrénéen, brossera un portrait réaliste des stations pyrénéennes. Vecteur économique vital pour les vallées, les sports d’hiver ont connu bien des vicissitudes depuis leur émergence, et le réchauffement climatique constitue une véritable menace. Portrait historique et vision d’avenir 

De quand date le tourisme hivernal ? 

Steve Hagimont : La mise en spectacle de la montagne devient un secteur économique dès la fin du XVIIIe siècle, en Suisse, à Chamonix, mais aussi dans les Pyrénées, déjà connues pour leurs eaux thermales. Mais c’est autour de 1907 que, dans des stations qui ne fonctionnaient que l’été, de premiers hôtels ouvrent en hiver pour accueillir des skieurs. Superbagnères (en 1913), et Font- Romeu (en 1914) sont les premières stations françaises à être créées pour les sports d’hiver. Ouvrant remontées mécaniques, patinoires, pistes et grands hôtels, elles sont alors présentées comme des stations « quatre saisons » (cures et randonnée en été, golf et chasse à l’automne et au printemps), le lourd investissement pour l’hiver devant être amorti par une fréquentation répartie sur toute l’année. Les sports d’hiver apparaissent comme un moyen de sortir les vallées de leur « léthargie » hivernale.

Pari gagné ? 

Au niveau national, après un fort engouement pour les sports d’hiver avant 1914, les espoirs semblent déçus dans les années 1920. Le marché ne prend pas vraiment, y compris dans les Pyrénées, en dehors de leurs 2 équipements de haut niveau européen. Vers 1930, le développement du ski « alpin », plus ludique que le patinage ou le ski de fond, joue en défaveur des Pyrénées. Malgré l’ampleur des investissements faits à Font-Romeu et Superbagnères, et un « pic » de création entre 1950 et 1960, les stations pyrénéennes sont relativement déclassées (en hiver), du fait de l’évolution imprévisible des pratiques hivernales et des limites topographiques et climatiques. Des domaines prennent cependant de l’importance (Tourmalet et Saint-Lary).

Comment se portent-t-elles aujourd’hui ? 

Très fréquentées en été, les Pyrénées représentent, depuis 1950, entre 10 et 12 % de la fréquentation française pour les sports d’hiver. Plutôt que de jouer la différence, les stations ont reproduit ce qui se faisait ailleurs, en s’endettant, diminuant du même coup leurs capacités financières pour diversifier l’offre et innover. Sur certaines niches, toutefois, comme le snowboard dans les années 1990, les Pyrénées ont pu être à la pointe. L’enneigement s’est, de tout temps, montré aléatoire, menaçant l’économie hivernale. Les statistiques produites par l’Observatoire pyrénéen montrent que le réchauffement climatique est très fort et les précipitations neigeuses de plus en plus faibles. Il s’agit d’une tendance indiscutable, qui n’exclue pas des années fortement neigeuses, mais qui ne s’inversera pas. S’ajoutant au constat du passé (multiplication des stations sans étude précise de l’enneigement, déficits des stations renfloués par les collectivités en raison du grand nombre d’emplois en jeu), le réchauffement climatique est le dernier protagoniste d’une catastrophe annoncée. Malgré tout, l’avenir des Pyrénées reste ouvert, peut-être moins sur le ski que sur d’autres activités, car leur pouvoir d’attraction reste exceptionnel.

Conférence

« Sports d’hiver – Histoire des stations pyrénéennes »
Jeudi 21 mars à 18h au
Château fort de Lourdes
Musée Pyrénéen
25 rue du Fort à Lourdes

 

Texte : Valérie Villain-Caseau

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