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Celtic Pub is not a pub l’inénarrable interview

Lorsqu’on est allé voir Jean-Louis, patron du Celtic et figure mythique (si, si, on insiste) de la vie nocturne tarbaise, on a été reçu sans grand emballement. Paraîtrait-il que notre média est trop mainstream, et donc peu compatible avec l’ambiance interlope et malfamée du bar sus-cité. Insurrection des rédacteurs du Mag ! 

Attention lecteur, cette version est non censurée.

Certes on passe probablement auprès du public des habitués du Celtic pour des buveurs de grenadine à l’eau, mais nous aussi on sait être destroy et débraillé (à notre manière). Et puis, finalement, avec Jean-Louis, on a trouvé un deal : oui il y aurait bien portrait, mais dans ce cas, quitte à dégonder le Mag, ce serait un portrait « no limit ». Dac mister Jean- Louis ; comme disent les britanniques : « challenge accepted ».

Le Mag : Qu’est-ce qui t’a poussé à devenir patron d’un rade miteux dans une petite ville de province ? 

Je me faisais chier dans cette petite ville de province.

C’était en 2005, je faisais pas grand-chose de concret, et puis quand l’opportunité d’acquérir ce fonds de commerce s’est présentée à moi, j’ai tout de suite senti qu’il y avait du potentiel pour m’amuser et proposer quelque chose d’intéressant, de différent, qui n’existait pas encore dans la ville, et qui sortirait de la proposition unique en matière de sortie. A ce sujet, as-tu remarqué comment Marx avait raison? C’est la fin de l’histoire, pas comme il avait prévu, mais n’empêche qu’on ne dispose que d’une offre unique, planifiée, et le prolétariat a disparu.

Certes, on voit pour la petite ville de province, mais le bar ? Quelle ambition, quels principes, quels impératifs, quelle aspiration ? 

Aucune ambition! Quand tu es né dans une zone blanche de la république, un petit patelin à la campagne, fils de prolétaires, le système de l’éducation nationale rempli sa tâche en inhibant toute ambition en toi. Pour principes, celui d’en être pétri, puisque le monde ultra- libéral dans lequel nous pataugeons lamentablement nous dicte de ne pas en avoir. Pour impératifs, celui de survivre en ramant chaque jour un peu plus profond dans l’océan insondable de nos envie et de nos frustrations. Pour aspirations, rien de moins que libérer l’humanité toute entière des chaînes que le démon matériel tend sur sa route depuis le jour où la conscience s’est révélée à la conscience.

Quasiment un programme politique. Jean- Louis du Celtic maire de Tarbes, quel premier commandement ? 

Rien de bien original : Aimez-vous les uns avant d’ôter la poutre qui ne tuera point la femme adultère au premier jour.

Au su de la musique qui a ses entrées au Celtic, ne t’estimestu pas heureux de ne pas être encore sourd ? 

A l’aune de ce que j’entends tous les jours dans la rue où les médias, c’est plutôt l’inverse qu’on devrait dire. A ce sujet, en comparaison des logorrhées quotidiennes des enfants de Loth, même les musiques les plus rageuses que tu as pu entendre au Celtic ne sont rien de moins qu’une douce caresse à mes oreilles.

Question finale : exercestu ton métier avec le même enthousiasme qu’au premier jour ? 

Non, je n’ai pas du tout le même enthousiasme qu’au début ; au début, j’avais l’enthousiasme de mes 25 ans, débordant, incontrôlable, inépuisable… aujourd’hui, j’ai l’enthousiasme de mes 40 ans, mieux centré, plus canalisé, mais tout aussi infini. Quant aux concert, je ne peux dire que ce ne sont que des moments de pur bonheur, avant tout pour la rencontre humaine. Ce qui me plait, c’est qu’on est souvent dans le même radeau un peu bancal avec les musiciens ; je sais qu’au fond d’eux, ils cherchent et adhèrent aux mêmes principes que moi. De fait, il se crée une connivence instantanée à presque tous les coups, ce qui les rend heureux de jouer au Celtic, où ils donnent tout ce qu’ils ont. La preuve en est que, même s’ils viennent de Los Angeles ou St-Petersbourg, ils gardent le souvenir de leur passage dans mon établissement, et n’oublient jamais de me recontacter lors d’un éventuel retour en Europe de l’ouest. C’est bien là ce dont je suis le plus fier, être estimé et reconnu par des musiciens qui sillonnent tous les lieux du monde où il se passe quelque chose – le reste, c’est vraiment anodin! Ensuite, musicalement, la magie découle toute seule de ce respect mutuel : ces musiciens, qui ne sont pas là pour faire danser mémé après la pièce montée, posent leurs tripes sur le parquet et n’hésitent pas une seconde à nous raconter la faille qu’ils ont en travers du ventre. Et c’est à ça, UNIQUEMENT à ça, qu’on reconnait un bon musicien; c’est celui qui arrive à mettre en relation sa faille interne avec la tienne, qui te parlera un langage que tu comprendras forcément. Le reste, c’est que de la broderie sur des slips menstruels.

Bar le Celtic
1 rue de l’Harmonie à Tarbes
Ouvert du mardi au samedi de 17h à 2h

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